La contraception masculine

01.03.2021 - Écrit par Marie Sanson, illustré par Julie Brouant

« C’est facile de marcher d’un pas rapide en affichant une mine soucieuse. J’aimerais bien qu’on leur pose un implant dans le bras, juste une fois, pour voir s’ils marchent toujours avec autant d’arrogance. » Après avoir maudit tous les hommes de la Terre qui ignorent la douleur que procure un implant, je suis parvenue à me calmer. Deux questions continuaient cependant à me travailler : pourquoi la douleur serait-elle exclusivement féminine et pourquoi la contraception masculine est-elle si méconnue ?

 
contraception1-ok.png
 

Colère bleue

 

En sortant du Planning Familial, j’avais la rage contre les hommes. J’avançais péniblement dans la rue en me tenant le bras. Le soleil brûlait les trottoirs et les rares passants se réfugiaient à l’ombre pour tenter de trouver un soupçon de fraîcheur. Moi, je traînais mes baskets avec la furieuse envie de tout casser. Un bandage sur mon bras droit cachait la petite incision faite pour changer mon implant. La douleur dans ma chair m’envoyait des secousses qui laisseraient bien plus qu’une cicatrice sur mon corps. L’implant dissimulé sous ma peau allait pendant trois ans m’empêcher de tomber enceinte. Mais j’avais si mal que je ne pouvais m’empêcher de dévisager les passants. Je voulais qu’une personne m’aborde, juste un contact, un regard, pour que je puisse lui balancer toutes ces questions qui m’assaillaient : pourquoi était-ce à moi de souffrir ? Pourquoi était-ce à moi de m’occuper de ça ? Pourquoi, parce que je suis une femme, devais-je endosser seule cette responsabilité et tous les effets secondaires qui l’accompagnent ? Cette soudaine envie de violence survenait à la suite d’une découverte. Lors de la réunion obligatoire, avant la pose de l’implant, j’ai appris que les hommes pouvaient eux aussi utiliser un moyen de contraception. En dix ans, c’était la première fois que j’entendais ces mots réunis : contraception masculine. Je découvrais abasourdie que Paul, avec qui je partageais ma vie, aurait pu avoir un moyen de contraception depuis des années. Je rentrais chez moi en fulminant, traversant le quartier de la Bourse où des hommes en costard étaient devenus les pauvres cibles de mon indignation. À leur vue, mon esprit s’insurgeait : « C’est facile de marcher d’un pas rapide en affichant une mine soucieuse. J’aimerais bien qu’on leur pose un implant dans le bras, juste une fois, pour voir s’ils marchent toujours avec autant d’arrogance. » Après avoir maudit tous les hommes de la terre qui ignorent l’effet que procure la pose d’un implant, je suis parvenue à me calmer. Deux questions continuaient cependant de me tirailler : pourquoi la douleur serait-elle exclusivement féminine et pourquoi la contraception masculine est-elle si méconnue ? 

Les jours suivants, j’ai commencé à cacher l’hématome provoqué par l’implant sur mon bras pour éviter les questions embarrassantes. Les températures à Paris avoisinaient celles du Sahara et je devais être la seule à porter un gilet au mois d’août. Chaque matin, cette tache bleutée de la taille d’une petite tomate me sautait à la figure et me rappelait à ma condition de femme. Condamnée à souffrir dans le silence, sans me plaindre. Je voulais que ça change. « La douleur est la racine de la connaissance », disait Simone Veil. Alors ce bleu serait mon étendard. Il serait la preuve de l’inégalité entre les hommes et les femmes. Pendant des semaines, j’ai raconté inlassablement à mes amis, à ma famille et à tous les curieux qui voulaient l’entendre, cette découverte : les hommes peuvent eux aussi se contracepter. Pourquoi les femmes seraient-elles les seules à contrôler les naissances ? Pourquoi la contraception masculine est-elle si peu utilisée ? L’ecchymose créé par l’implant ravivait tous les jours mon envie de savoir. Dans un souci de santé mentale et afin de ne pas perdre mes amis à force de rabâcher la même chose, j’ai commencé à approfondir ce sujet méconnu.

 

Au Planning Familial

 

Revenons en arrière. Pour éviter une grossesse non désirée, je dois renouveler mon implant. J’ai recours à ce moyen de contraception que je trouve  efficace et pratique pour les étourdies dans mon genre. Je marche vers le Planning Familial, une assurance aussi fragile que soudaine cadence mes pas. J’arrive fièrement à l’heure à mon rendez-vous. Le Planning Familial, de son vrai nom le Mouvement Français pour le Planning Familial, détail important que m’a donné Martine, une conseillère conjugale du lieu, est situé rue Vivienne à Paris. Il faut traverser une ancienne écurie et gravir les quelques marches grinçantes d'un bel immeuble haussmannien pour découvrir l’espace qui a permis à des milliers de femmes de disposer de leurs corps, de s’informer et d’éviter de tomber enceinte. Je pousse la porte du 1er étage qui s’ouvre directement sur la salle d’attente. Une dizaine de personnes me regardent entrer. Principalement des jeunes femmes. Je referme la porte et leurs regards retournent sur leurs téléphones portables. La pièce est grande et lumineuse. Il y a des moulures au plafond et le parquet est en bois massif. Des affiches multicolores recouvrent chaque coin de murs. Des slogans aux couleurs criardes attirent mon attention mais je n’ai pas le temps de les lire, je dois me présenter à l’accueil. Une dame dans la force de l’âge, plus solaire que cinq astres réunis, m’informe que l’on viendra nous chercher, les autres filles de la salle d’attente et moi. Avant d’avoir accès aux soins désirés, il y a toujours une réunion de groupe obligatoire au Planning. Il est tôt en ce jour de semaine et le soleil traverse la pièce silencieuse. Je repère une chaise libre et m’installe. Je suis la plus âgée de la pièce du haut de mes vingt-sept ans. Une fille seule et assurée me fait face ainsi que deux copines venues ensemble, et un couple avec un bébé dans les bras du papa. Je fais mine de lire l’affiche derrière eux pour les observer discrètement. Il y est écrit « N’oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » La maman devant l’affiche est très jeune. Sa tête tombée sur ses genoux est cachée par ses mains. Son dos courbé cherche une position confortable pour grappiller quelques minutes de sommeil. Elle doit être debout depuis bien plus longtemps que moi. L’enfant sur les genoux du père gigote dans tous les sens et attire les regards. C’est pour éviter cela que nous sommes ici. L’air devient pesant dans la salle d’attente. Même les copines venues à deux pour se donner du courage ont arrêté de chuchoter. Le silence est ponctué par les babillages du bébé. 

 

Après un long moment gênant, comme la vie aime parfois nous en offrir, la dame de l’accueil nous demande de faire passer un formulaire sur lequel il faut inscrire nos nom, âge et raison de notre visite. On le remplit par ordre d’arrivée en demandant qui était là avant soi. Des sourires polis circulent dans la pièce en même temps que le papier. On s’échange des regards puis l’on ose se poser des questions sur certaines cases à remplir. Personne ne sait vraiment comment y répondre alors on n’inscrit rien. Le papier est tendu à la jeune mère endormie. Évidemment, elle n’a pas suivi l’histoire de la feuille. Le papier reste en l’air un moment. C’est embarrassant. L’une des copines se penche pour essayer d’attirer son attention mais elle dort, imperturbable et immobile. Le papa l’interpelle doucement pour la réveiller. Comme au ralenti, la tête se lève laissant apparaître un visage juvénile. Ses yeux engourdis se mettent en marche puis, après avoir pris rapidement conscience de la situation, elle tend la main vers la feuille, sans un mot. Elle n’arrive pas à se lever. Elle fixe le sol comme pour y cacher sa peine. D’instinct, la copine traverse la salle pour lui donner le papier. Ni merci, ni regard en échange. La réalité est souvent violente et se passe de politesse. On appréhende dans un nouveau silence la réunion de groupe qui va suivre.

 
2 (1).png
 

Je ne veux plus tomber enceinte, débrouillez-vous

 

La réunion peut enfin commencer. Sans faire ma vétérante, je sais à quoi m’attendre car je viens pour la deuxième fois faire changer mon implant. Il y a cet entretien, puis ensuite, j’aurai droit à la petite opération. Nous nous retrouvons toutes autour d’une table ronde sur laquelle reposent des papiers ainsi que des objets. Il faut expliquer la raison de notre venue. Globalement, on vient pour avoir un moyen de contraception. Stérilet, implant ou pilule. Sauf la jeune mère. Elle dit juste : « Je ne veux plus tomber enceinte. » J’entends le lourd sous-entendu : « Débrouillez-vous comme vous voulez mais je ne veux plus perdre le contrôle de ma vie. De mon corps. » Cet aveu prononcé à voix basse, comme une prière, jette un froid autour de la table. Aucune de nous ne souhaite être dans sa situation. Elle a déjà un enfant en bas âge qui l’attend dans la pièce voisine. L’animatrice, Sophie, démarre la conversation : « Est-ce que vous avez des questions sur les différents moyens proposés ? » Ma voisine a un joli foulard noué autour du cou, élégante dans son imperméable camel ; elle se lance la première : « Moi, c’est un peu gênant, mais j’ai entendu parler des effets secondaires de l’implant et je sais pas comment je vais réagir. J’ai une amie qui a eu des saignements pendant tout un mois… » Le débat est lancé et chacune partage son expérience avec les autres. Les questions s’enchaînent : « J’ai des pertes blanches très importantes et je ne peux pas en parler à ma mère. C’est normal ou pas ? » « Mes copines me disent que le stérilet, c’est pas efficace, c’est vrai ? » « J’ai peur d’oublier la pilule, ça fait quoi si je saute un jour ? » « Depuis dix ans j’utilise un moyen de contraception, est-ce que si j’arrête, je vais changer d’humeur à force d’avoir reçu des hormones ? » « Pourquoi on n’a pas nos règles avec l’implant et parfois on les a ? » « Mes règles sont douloureuses mais mon père veut quand même que j’aille à l’école, mais j’ai trop mal pour rester en classe, je fais quoi ? » On écoute attentivement le récit de chacune. Avec respect. On apprend. Au lieu d’aller voir un gynécologue (combien de femmes témoignent être tombées sur des hommes louches qui les ont abusées... !) on peut aller voir des sages-femmes pour 25 euros. Les infos fusent, on cherche à comprendre pourquoi notre corps réagit comme ci et non comme celui de notre voisine. Comprendre pour mieux le défendre. Comprendre car personne ne nous a rien dit.

Sophie nous présente un étrange caleçon présentant un trou à l’avant et nous demande en souriant : « Savez-vous à quoi sert ce vêtement ? » Nous nous regardons, surprises, sans savoir quoi répondre. Elle poursuit : « Ceci est un slip contraceptif, un des moyens de contraception proposés aux hommes. » On se regarde à nouveau, tout étonnées, puis la fille en manteau camel dit : « Les hommes aussi peuvent avoir une contraception ? Et c’est efficace ? » Sophie nous explique brièvement les différentes méthodes possibles (les préservatifs, la vasectomie, les slips contraceptifs et les injections d’hormones) et nous précise que des réunions ont lieu au Planning pour informer ceux qui seraient intéressés. La fille venue seule pour se faire poser un stérilet sort son agenda et se renseigne sur la date de la prochaine réunion pour son ami. Abasourdie, je fais de même puis Sophie présente des moules de vagins. Des moules de moules. On rit. On se les passe. On découvre à quoi ressemble un clitoris. Je réalise à voix haute : « Mais nous aussi on a des couilles ! » Dans la salle, seulement trois filles sur dix ont déjà regardé leurs « chattes ». Les autres n’y ont jamais pensé. On ne s’y intéresse pas. On ne l’étudie pas à l’école. Une fille raconte qu’à l’étranger, elle avait été surprise par les discussions entre nanas. Elles parlaient sans gêne de leurs masturbations et de leurs rapports sexuels alors qu’en France, on n’ose pas. L’énergie monte dans la pièce. On a des tas de questions et d’anecdotes à se raconter. Nous avons toutes des parcours très différents mais à ce moment précis, nous sommes juste des femmes cherchant à mieux se connaître et à s’entraider. Cette réunion-là est bénéfique : pour la première fois, je comprends le sens du mot « sororité ». Je me sens plus forte, moins seule. Un lien invisible nous lie. Pourquoi n’en avoir jamais parlé avant ? À croire que l’intimité féminine en France est un sujet interdit. Tabou. Dans cette salle, nous avons toutes des mères qui avant elles ont eu des mères, mais pourtant aucune de nous ne peut parler de ces sujets à ses proches. À croire que l’omerta se perpétue de génération en génération. Après avoir discuté un long moment, l’énergie commence à retomber, la réunion touche à sa fin.

 
contraception5-ok.png
 

Jaune moutarde

 

Quelques semaines plus tard, mon bleu s’est estompé, est devenu jaune moutarde et s’étend en une étrange forme de phallus donnant à mon bras un air de tableau impressionniste. Je téléphone à Camille, une animatrice du Planning, pour avoir plus d’informations sur l’histoire et le fonctionnement de l’association.  Durant plus d’une heure, la discussion est enlevée et animée. Je lui raconte avoir été remuée par la réunion de groupe. En très peu de temps, des problèmes intimes ont été dévoilés. Des choses que l’on n’ose pas dire ont pu enfin prendre vie par le biais des mots. Ne pas parler des questions relatives à notre corps reviendrait à en ignorer l’existence et grâce à ce moment, les langues se sont déliées. Elle m’explique : « Le Planning Familial a été créé en 1960 ;  il était important pour les femmes d’avoir cet espace où l’on peut parler librement. Tous les milieux sociaux, culturels et religieux sont concernés et accueillis. On est au centre de Paris, ce qui permet aux filles venant de banlieues de ne pas être vues quand elles viennent. Elles n’attisent pas la curiosité de leurs proches ni de leurs voisins qui pourraient se demander pourquoi elles ont besoin d’avoir un moyen de contraception. Certaines partent même en jogging de chez elles et se changent en route pour arriver en robe à Paris. » Elle me conseille de rencontrer Martine directement sur place afin de recueillir son témoignage et d’en apprendre plus sur le lieu. Martine travaille au Planning Familial depuis vingt-cinq ans. Elle a les cheveux courts et ses yeux d’une grande bienveillance me donnent envie de lui raconter tous mes malheurs, mais je ne suis pas là pour ça. Elle me propose un thé, je prends une tasse, elle un bol, puis nous nous asseyons dans un petit salon décoré modestement. Je débute notre entretien en lui parlant de l’importance de partager avec d’autres femmes lors des réunions de groupe.  Elle me regarde attentivement puis me dit : « Tu sais, ici, les femmes se rencontrent, parfois elles partent en vacances ensemble. C’est un vrai lieu de vie. Et beaucoup ont eu des déclics. » Elle prend une pause, retire la cuillère de son thé puis reprend : « T’entends l’histoire de l’une, t’entends l’histoire de l’autre et là, tu te demandes : tiens, moi aussi je suis peut-être dans une situation de violence ? C’est comme ça que le Planning s’est engagé contre les violences faites aux femmes. On s’adapte aux réalités qu’on rencontre. » L’individuel devient alors collectif. 

La contraception féminine a été autorisée en France en 1967. Mais c’est grâce à une réunion matinale dans la chaleur du mois d’août que j’ai découvert pour la première fois, en 2020, la contraception masculine.

 

L’avis d’un homme

 

Mon bleu est désormais violet et je contemple avec admiration la palette picturale de mon corps. J’attends Patrick à la terrasse d’un café. C’est un ami de mon grand frère depuis toujours, comme un oncle pour moi. Il était curieux de me voir si animée lorsque je parlais de contraception masculine. Il a une soixantaine d'années et a eu cinq enfants de trois femmes différentes. Il n’avait jamais entendu parler de contraception masculine et, comme le sujet l’intéresse, nous avons rendez-vous pour en discuter. Sa carrure imposante s’installe à côté de moi. Après que je lui ai expliqué brièvement les différentes méthodes contraceptives, il soupire en me disant : « Si j’avais su, il y aurait sûrement des enfants que je n’aurais pas eus. » Sa sincérité me désarme et laisse planer un silence tandis que ces yeux bleu anthracite fixent le trottoir voisin. Toujours dans ces pensées, il tire une bouffée de sa cigarette et m’explique : « Parfois, il y a des femmes qui veulent te faire un gosse juste pour pas que tu t’en ailles. Avec ton machin, là, j’aurais pu avoir le contrôle. » Suit une longue discussion où je lui fait part de mes réflexions et du résultat de mes différentes recherches. Choisir sa contraception est une question de liberté, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Cette responsabilité pèse toujours sur les femmes car ce sont essentiellement les gynécologues qui prescrivent la contraception et les hommes vont très peu chez l’andrologue (médecin spécialisé dans le système de reproduction masculin). Ce sont pourtant des hommes, dans les années 1970, qui sont à l’origine des premiers contraceptifs masculins. À force d’avoir vu leurs copines se regrouper et parler librement de leur intimité, ils ont eux aussi eu envie de se réunir pour échanger sur leur sexualité. Ainsi a été créée Ardécom (Association sur la Recherche et le Développement de la Contraception Masculine).

 
4.png
 

Le passage à l’acte

 

Deux moyens de contraception ont été développés et sont toujours prescrits par les Drs Mieusset et Soufir : les méthodes thermique et hormonale. La méthode thermique est aussi appelée le « remonte-couilles toulousain ». En fait, les testicules produisent des spermatozoïdes si elles sont à une température plus basse que celle du corps (je connais mieux que Paul son système de reproduction). Si on les remonte manuellement près du corps et qu’on les garde ainsi pendant toute une journée (environ 15 heures), les deux degrés supplémentaires vont empêcher la création de spermatozoïdes. Un slip a été spécialement conçu et une demande industrielle pour le fabriquer et commercialiser à grande échelle est en cours. Il est possible de le réaliser soi-même. Ce sous-vêtement est vraiment drôle à voir car il est en apparence normal, avec une taille élastique, mais, au milieu, il y a un trou pour laisser sortir la verge. Cela permet de bloquer les testicules et de les garder à la bonne température. Il est remboursé par la Sécurité sociale et Pierre Colin, le directeur d’Ardécom, me certifie que ce n’est pas douloureux : « C’est la même sensation que d’avoir les jambes croisées pendant longtemps et de sentir ses bourses remonter. » Je regarde mon affreux hématome violet et j’envie drôlement les hommes. Le temps de bloquer la création de spermatozoïdes, il faut le porter trois mois puis ensuite ce moyen de contraception est d’une redoutable efficacité. 

La deuxième méthode est hormonale. Il faut s’injecter soi-même une fois par semaine une dose de testostérone pour supprimer les spermatozoïdes. L’injection peut se faire n’importe où sur le corps et est également remboursée. L’efficacité est elle aussi quasi totale et réversible. J’ai cherché des personnes ayant utilisé la méthode hormonale pour mieux comprendre son utilisation et ses effets. Philippe et Clara, un jeune couple dans la trentaine, ont accepté de me parler de leur expérience. Ils sont ensemble depuis six ans. Lui a accepté d’essayer cette méthode pour la soulager après la naissance de leur deuxième enfant. Il l’utilise depuis dix-huit mois et n’a eu aucun effet secondaire. De son côté, Clara ne souhaitait plus reprendre de contraception car pour la première fois, elle redécouvrait le confort d’une vie sans pilule. Son humeur était plus stable et ne plus avoir peur de l’oublier l'apaisait. Ils me racontent leur histoire avec une touchante complicité et beaucoup de bienveillance. Des regards amoureux écoutent l’autre parler. Philippe est infirmier et c’est un collègue de travail qui lui a parlé de contraception masculine. Après s’être renseigné sur le sujet, il a contacté le Dr Soufir et la procédure s’est mise en place. Au début, « c’était un peu le parcours du combattant pour lui », me raconte Clara. Ils ont dû continuer d’utiliser un préservatif (la méthode hormonale est efficace au bout de trois mois) et il a dû faire plusieurs spermogrammes tout en continuant les piqûres une fois par semaine. Au bout d’un mois, il était stérile. Ses yeux brillent et ils se mettent à rire lorsqu’il m’explique que faire l’amour sans peur des conséquences a été pour lui une réelle libération. Il est cependant le seul dans son entourage à utiliser cette méthode car l’idée d’avoir une injection hebdomadaire dissuade beaucoup de ses proches. Le taux de popularité et de médiatisation de ce moyen de contraception est encore faible mais cela n’empêche pas la recherche de continuer à s’intéresser au sujet. Récemment, l’Inde a mis en place un procédé nécessitant une seule injection pour être stérile pendant treize ans. L’opération est réversible et l’homme peut retrouver sa fertilité quand il le souhaite.

La lente mécanique du métro me ramène chez moi. La chaleur du mois d’août a laissé place à la grisaille de l’automne. J’enfile ma veste pour m’abriter du souffle de la nuit et m'aperçois que le bleu sur mon bras a disparu.

 

En France, selon une étude du CSA, 61% des hommes seraient prêts à prendre une pilule contraceptive. Si vous souhaitez plus de renseignements sur la contraception masculine ou créer votre propre slip contraceptif, toutes les informations sont disponibles sur le site d’Ardécom : http://www.contraceptionmasculine.fr/.


Le Planning Familial, de son vrai nom le Mouvement Français pour le Planning Familial, est une association fondée en 1960 ayant pour objectif l’éducation sexuelle, la lutte pour le droit à la contraception et à l’avortement et le contrôle des naissances en général.

Précédent
Précédent

Un aller pour la Terre

Suivant
Suivant

L’eau chaleureuse du bain-douche